Habitants : 2354, les Aigues-vivois. Superficie : 1200 ha. Altitude : 29m
Formes anciennes du nom :Sanctus Petrus deAquaviva (1099), Aquoe Vivoe (1322, Ménard II), Saint Pierre-ès-Liens d’Aigues Vives (1733, insinuations ecclésiastiques du diocèse de Nîmes). Étymologie : du latin Aquaviva = « les eaux vives, jaillissantes » . Le Saint Patron du village est Saint Pierre aux Liens. Selon la liturgie chrétienne, Saint Pierre portait des chaînes. L’une d’entre elles l’attachait à Rome, dans la prison Mamertine, l’autre à Jérusalem. Une fois réunies, elles se soudèrent miraculeusement et l’impératrice Eudoxie (femme de Valentinien III, en 442) décida de Fonder l’église San Pietro pour accueillir les précieuses reliques. Ainsi l’on attribuait des vertus miraculeuses aux chaînes de Saint Pierre, notamment en faveur des malades. Sobriquet : En occitan, on surnommait les habitants « li bagnats » pour « les mouillés », et par extension les malchanceux, car la tradition populaire voudrait que la fête du village de la fin du mois de juin se déroule toujours sous la pluie.
Résumé historique
La présence de l’homme sur le territoire d’Aigues Vives est attestée dès la fin du paléolithique, vers le 8 ème millénaire avant notre ère dans la plaine située de l’autre côté de la RN 113. Les premières recherches furent réalisées par M. Blanchet en 1941. Depuis, les prospections faites par des chercheurs du CNRS ont permis d’affiner l’étude des implantations humaines.
Les études menées par Claude Raynaud, directeur de recherche au CNRS ont permis de retrouver des fragments de céramiques non tournée, des outils en silex (pointes de flèches, grattoir pour les peaux…), et des instruments pour transformer les céréales (broyeurs à grain). Ces objets correspondent à la période dite chasséenne, au néolithique moyen.
Les découvertes réalisées par les chercheurs permettent de supposer que l’homme séjourna, du moins temporairement dans le secteur jusqu’à l’âge du bronze, 2500 ans avant notre ère. S’en suit un hiatus de 1500 ans, durant lesquels il n’y a aucune trace d’occupation. C’est au deuxième âge du fer que la plaine et la garrigue aigues-vivoises sont exploitées de manière plus ou moins systématiques sous la forme de petites exploitations agricoles. S’agit-il d’une population gauloise, celle des Volques Arécomiques qui s’implantèrent dans la région vers le V ème siècle avant J.-C. ?
La période gallo-romaine est mieux perçue, car de nombreux vestiges correspondant à cette phase ont pu être mis au jour. Pas moins de quinze établissement agricoles ont pu être identifiés dont la datation s’étale de l’ère chrétienne, jusqu’au Moyen Âge. Les vestiges de la villa gallo-romaine, la villa Pataran, établissement rural muni de thermes, ont été découverts au bord de la voie Domitienne. La légende voudrait que la fondation d’Aigues Vives soit liée à l’émigration des habitants d’une bourgade dite de Pataran l’Ancienne, située non loin de la voie Domitienne, au moment des grandes invasions. Une église portait son nom au XI ème siècle.
Les habitants se seraient réfugiés sur les hauteurs près d’une source, aux « eaux vives et jaillissantes ».
La 1 ère mention écrite d’une communauté à Aigues Vives apparaît autour de l’an Mil sous le nom de Sanctus Petrus de Aqua Viva dans le cartulaire de l’abbaye de Psalmody, dont la paroisse dépendait. Sous la dynastie carolingienne, celle-ci appartenait à la viguerie d’Aigues-Mortes et à l’archiprêtré de Nîmes. Au XIVème siècle, le roi Philippe le Bel céda à Guillaume de Nogaret le fief de Calvisson dont Aigues Vives dépendait. Jusqu’à la Révolution, le prieuré simple et séculier de saint Pierre d’Aigues-Vives, uni à la manse capitulaire d’Alès, valait 2200 livres. Le fief dépendait jusqu’en 1789 au marquis de Calvisson, et ses descendants. Il est probable que le village n’ait jamais possédé de château, rien ne permet de le dire au vu des compoix et archives. Mais l’existence de fortification par un mur d’enceinte est possible.
En 1322, Aigues Vives comptait 73 feux imposables, soit environ 400 âmes. Mais après les épidémies de pestes de la fin du XIVème siècle se firent lourdement sentir ici comme ailleurs. La population d’Aigues Vives avait chuté dramatiquement : en 1384 il ne restait plus qu’une soixantaine d’habitants.
Aigues Vives a souffert comme les autres villages des guerres de religion, qui s’étalèrent sur plus de deux siècles. Le protestantisme s’y est implanté très vite et massivement dès 1560.
Entre 1620 et 1630, tout le bas Languedoc était le théâtre de combats entre les troupes royales du duc de Montmorency et les seigneurs huguenots révoltés de Rohan. La politique de la terre brûlée était de mise et de nombreux villages furent incendiés. Ainsi pas moins de 47 villages furent pillés dans la région, dont Aigues Vives, qui adressa comme d’autres communautés une supplique au Duc de Montmorency : « les maizons et tous les grains auroyent estés brûlés », les habitants étant alors contraints de se réfugier dans des « lieux déserts et inhabitables » . Ils demandèrent à se retirer dans « les voultes des maizons quy n’on peu estre consumées par le feu pour les garantir des temps, de la viollance des larons et vouleurs qui publent la campagne ».
L’édit de Fontainebleau, décrété par Louis XIV en 1685, obligeait les protestants à démolir leur temple et se convertir au catholicisme. L’église fut reconstruite deux ans après la Révocation d l’édit de Nantes et incendiée par les camisards en 1703. Toutes une série de mesures répressives entraînèrent un sentiment de frustration qui conduira bientôt à une sanglante révolte contre les troupes du Roi : la guerre des Camisards. Aigues Vives était en pleine zone d’influence huguenote, qui s’étendait des Cévennes aux portes de la Camargue gardoise. Le village eut à souffrir de la guerre civile. Les carrières de Garigouille servirent souvent de refuge pour les fugitifs pourchassés par les Dragons. De nombreuses assemblées clandestines se tenaient autour du village où leurs participants risquaient leur vie.
Le célèbre chef camisard Jean Cavalier, âgé de vingt ans, qui n’était pas un tendre, fit plusieurs incursions dans le village : il pouvait y ravitailler ses troupes, prêcher en compagnie de ses coreligionnaires, les pousser à la désobéissance et enrôler des volontaires. Le 15 novembre 1702, une foule immense s’était assemblée sur la place du village pour écouter le prêche de Cavalier, qui apparût en plein midi sur la place d’Aigues Vives pour haranguer les villageois. Il prêcha devant une foule importante de plusieurs villages, les incitants à refuser de se rendre aux offices catholiques, à désobéir et à le rejoindre dans l’insurrection armée.
Dans les trois jours qui suivirent, le comte de Broglie, intendant du Bas Languedoc, arrivait dans le village avec ses soldats pour réprimer cet acte d’appel à la révolte. Il décida de réunir les habitants, à qui il reprochait de défendre les insurgés. Il désigna lors de ce tribunal improvisé de désigner au hasard quatre habitants qui furent pendus séance tenante à la branche d’un arbre devant le parvis de l’église Saint Pierre. Quatre autres villageois furent condamnés aux galères à perpétuité, dont le Consul du village, accusé d’avoir favorisé les choses et qui mourut sur son banc de chiourme. Un adolescent nommé Fournet, accusé de prédication, fut fouetté en place publique et une vingtaine d’Aigues vivois emprisonnés pour l’exemple. Fier de son acte, de Broglie écrira : « J’espère que cet exemple produira un effet merveilleux dans toute la Vaunage ». C’est le contraire qui se produisit et la guerre ne s’acheva que deux ans plus tard.
A la fin de la guerre la communauté d’Aigues Vives se releva peu à peu. Le riche terroir était prometteur et en 1790, on pouvait dénombrer près d’un millier d’habitants. La culture de la vigne et de l’olivier constituait une source de revenus importants pour les paysans du village.
Le XIX ème siècle a marqué une période de prospérité pour Aigues Vives. La viticulture était devenue intensive et le chemin de fer qui passait tout près permit aux négociants d’écouler les marchandises plus facilement. Le vin produit était essentiellement distillé en eau de vie, plus facile à transporter depuis le passage du chemin de fer. Témoin de la prospérité nouvelle : les maisons vigneronnes, leurs façades richement décorées, portails monumentaux, et balcons finement ciselés. Elles appartenaient à de riches propriétaires terriens ou des négociants en vin et spiritueux. Mais les maladies de la vigne qui apparurent dans la deuxième moitié du XIXème mirent un terme à la période faste.
Le village produisait aussi des tuiles dans une usine et exploitait plusieurs carrières de calcaire, comme à Garigouille. La présence d’une bifurcation du chemin de fer jusqu’au centre du village facilitait les échanges
Cette période était marquée par l’activisme politique et les citoyens d’Aigues Vives ne furent pas en reste. Des hommes d’état comme Emile Jamais ou Gaston Doumergue, futur président de la République, firent la fierté du village républicain.
Le XX ème siècle fut celui des Grandes Guerres et le village perdit des dizaines d’enfants du pays.
Durant la seconde Guerre Mondiale, par une nuit du 23 août 1944 , jour de la libération de la Provence, les avions alliés venant d’un porte-avion bombardèrent le village. En cet été, Les habitants s’étaient réunis dans les rues illuminées pour bavarder à la fraîche et surtout fêter la Libération. Les lumières avaient alertés le pilote d’un chasseur bombardier anglais, qui largua trois bombes au phosphore et à fragmentation. Il y eut 14 morts dont de nombreux enfants. Un grand nombre de ces victimes se trouvaient sur la place Coutelle, où désormais est érigé un monument en l’honneur de leur Mémoire.