Habitants : 2018, les aubaisiens. Superficie : 1178 ha. Altitude : 37m
Étymologie du nom d’Aubais : ce nom proviendrait du latin « Albus » = blanc, « alb » ou « alp » = hauteur. Le terme dérivé Albarius est relatif au blanchissement des murs. On retrouve des traductions mentionnant les falaises blanches propres à Aubais. Certains font le rapprochement avec la blancheur de l’aube, au point du jour. Par ailleurs, Les Albicii étaient un peuple de gaulois du Nord de Marseille. À noter la présence du Rieu Albarenc, sur le territoire de la commune.
Formes anciennes : Albais (1096, cartulaire de Psalmody), Castrum Albacii (1179), le Bays (1557), Aubaix (1731).
Sobriquet des habitants : en occitan, on les surnomme « li sauta ro » pour « les sauteurs de rochers », en relation avec la nature du terrain. On disait des aubaisiens « manjou de flo de pan coumo de ta de bouto » (« ils mangent des morceaux de pain comme des bouchons de tonneaux ») pour traiter les aubaisiens de gaspilleurs, car le pain étant la nourriture de base, on les accusait de le remplacer par des denrées plus chères. Ce reproche vient il du statut particulier de Aubais, en tant que Marquisat ?
De plus, le fief d’Aubais regroupant plusieurs hameaux dans le passé (Junas, le Cailar…), les habitants du bourg principal s’identifiaient comme étant « d’Aubais même », nom resté jusque sur les panneaux à l’entrée du village : « Aubais Mesma ». Les codognanais en parlant des aubaisiens disaient pour s’en moquer «es maî mort ».
Armoiries du village :de sable, à une montagne d’or, sommée d’une croix de même, soutenue d’un ruisseau de sinople.
Résumé historique
Le terroir d’Aubais se trouve au débouché de deux vallées d’importance capitale pour les échanges humains. Situé le long de la vallée du Vidourle, les terres du futur village étaient un passage important pour les communications entre la côte et les montagnes cévenoles.
Nous sommes aussi à l’entrée de la vallée de la Vaunage, axe obligatoire pour relier Nîmes au travers des plateaux de garrigues. Le paysage s’adapte donc à des milieux différents : plaine alluviales humide et coteaux de garrigues plus secs. La présence de l’homme sur ce territoire remonte à la préhistoire, comme en atteste la découverte d’un galet aménagé en outil datant du Moustérien, entre 100 000 et 50 000 ans avant le présent. La présence d’un abri sous roche à la Roque d’Aubais* confirme que l’homme, alors chasseur cueilleur, séjourna temporairement dans le secteur il y a très longtemps.
Plus tard, vers 3500 avant J. C., les premiers agriculteurs cueilleurs, plus sédentarisés, établirent des campements de petites cabanes sur les coteaux ensoleillés du Four à Chaux.
Ainsi, de petites communautés de paysans se sont constituées, établissant souvent leurs demeures en pierres sèches au sud des reliefs, pour profiter de la chaleur bénéfique du soleil et tourner le dos au Mistral redouté. Ces habitants ont laissés quelques vestiges, notamment des menhirs comme celui du lieu dit la Pierre Plantée.
Mais les premiers temps de l’occupation des terres aubaisiennes sont perdus dans le brouillard de l’Histoire, et c’est grâce à l’archéologie que l’on peut arracher quelques bribes à la mémoire enfouie du passé le plus ancien. Ainsi des sépultures à tumulus datant de l’âge du fer ont été découvertes au quartier des Pins, et des silos de stockage des céréales.
Dès lors, les hommes de la préhistoire ont modelé le paysage, établissant des terrasses sur les pentes des coteaux, drainant les eaux de ruissellement, défrichant les zones boisées pour conquérir de nouvelles terres cultivables.
L’annexion de la Gaule Narbonnaise par les romains permit d’accroître les échanges économiques, et de densifier le réseau routier mis en place auparavant par les Celtes. Un axe secondaire de la Voie Domitienne traversait la Vaunage par Aubais pour rejoindre le Pont d’Ambrussum sur le Vidourle, qui desservait un relais routier. De petites villae s’égrenaient le long des voies. Des carrières calcaires présentes sur le territoire, les ouvriers en exploitaient la pierre pour construire leurs ouvrages.
Mais des pans entiers de l’histoire antique d’Aubais restent à découvrir, faute d’archives. Quelques noms de lieux ont traversé les siècles : la Cubelle (du latin aqua bella), et divers patronymes en –argues (du latin –ager, « la propriété de ») comme Marissargues, Rouvignargues…
La fin de l’empire Romain est marqué par une longue série d’invasions par des peuples de l’Est (Vandales, Burgondes et Wisigoths) et du pourtour méditerranéen. Il semble bien que les terres d’Aubais fussent alors abandonnées pendant plusieurs siècles.
Plus tard sous la dynastie franque, le territoire d’Aubais fut annexée à la vicomté de Nîmes.
C’est en 1096 qu’est connue la première mention écrite du village, sous le vocable d’Albais, dans le cartulaire de Psalmody. C’est à ce moment qu’est construite une tour de guet, suivie un siècle plus tard par l’édification d’un castrum féodal et d’un bourg à l’emplacement de l’actuelle Place des Halles. Les archives permettent de préciser qu’un château fort* existait donc dès le XI ème siècle. Les terres du seigneur local dépendaient jusqu’en 1229 de la vicomté de Nîmes. Ce premier fort, dont il de reste qu’une base de tour incluse dans le château postérieur, fut détruit lors des guerres de Cent Ans
Au XIV ème siècle, la baronnie d’Aubais appartenait à la maison Languissel qui donna un cardinal. La fille de Languissel céda porta ensuite les terres à la famille de Pellet-Narbonne. En 1380 la communauté passe aux mains des puissants Bermond d’Anduze, puis des Bozène et des Faur.
Sous L’Ancien Régime, le Prieuré simple et séculier d’Aubais faisait partie de l’archiprêtré de Sommières.
Une église castrale était accolée au château, et l’abbaye
de Saint Nazaire* accueillait un prieuré.
L’économie se tournait alors vers les cultures céréalières, l’olivier et la Vigne. Le Vidourle apportait ses limons fertiles, ainsi que l’énergie nécessaire pour faire tourner les nombreux moulins dépendant de la seigneurie.
On note une forte baisse de la démographie à la fin du XIV ème siècle, en raison des épidémies de peste et de la famine qui régnaient dans la région. On ne compte plus que 5 feux en 1384, soit une trentaine d’habitants imposables. En 1750 on dénombre 700 habitants. Les terres de cette ancienne baronnie furent érigées en marquisat en 1724 par lettres patentes du roi au profit de Charles d’Urre de Baschi, érudit de son temps ( voir biographie). Le territoire regroupait 5 paroisses : Aubais, Gavernes, Junas, Mauressargues et Saint Nazaire, domaine Saint Christin, Saint Félix.
Lors de la révolte camisarde, le village d’Aubais fut, comme les autres, investi par les camisards. La répression systématique infligée par les Dragons aux Nouveaux Convertis entraîna en contrepoint de cruelles vengeances contre les prêtres et les familles d’Anciens Catholiques. La communauté catholique aubaisienne était plus importante que dans les autres villages et les chrétiens « papistes » d’Aubais eurent à souffrir des expéditions punitives des troupes du chef camisard Jean Cavalier. Dans son Histoire de la Ville de Nîmes, Ménard nous livre le récit sans détour de septembre 1703, où Aubais vit un cauchemar : « Il n’y eut rien de si cruel que [ce que les troupes de Cavalier] commirent à Aubais et Saturargues […]. Ils firent à Aubais le 27 de ce mois à l’entrée de la nuit, là ils allèrent forcer la maison d’un notaire du lieu nommé Chrétien, bon catholique, qui s’était réfugié à Sommières avec sa famille, n’ayant laissé à Aubais qu’une jeune fille aimable de trois ans, que quelques uns de ses parents avaient demandé. Ils saisirent cet enfant, lui coupèrent les pieds et les mains à coups de haches et lui percèrent le dos avec une pique au bout de laquelle ils la promenèrent dans les rues du lieu. Après quoi ils allumèrent un grand feu dans lequel ils la tinrent suspendue et la firent brûler de tous les côtés jusqu’à ce qu’elle eut expiré. Ils jetèrent ensuite son corps dans le brasier ».
Au XVIIIème siècle, la fin des guerres de religion a permit au village de se relever peu à peu économiquement.

|