Codognan

A Découvrir dans la commune

Monuments

Sites naturels

Musées

 

Histoire

Habitants  : 2510, les codognanais. Superficie : 465 ha Altitude : 17m

Étymologie : La première mention du village apparaît en 1094 dans le cartulaire de l’abbaye de Psalmody sous le terme Codonianum. La racine pourrait désigner le nom propre Codonius, suivi u suffixe –anum (« qui se rapporte à »). En concluant on pourrait dire « le domaine qui se rapporte à Codonius ».

Sobriquet des habitants  : Le surnom des codognanais est le suivant : les « Lapins des Champs », ou en occitan « Li Lapin de Camp ». C’est lors du coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851 que les habitants, républicains hostiles au coup d’état, s’armèrent pour marcher vers Nîmes. Mais à la vue des soldats qui leurs faisaient face « ceux de Codognan s’enfuirent comme des lapins des champs » (extrait d’un journal de l’époque). Ce sobriquet était bien sûr péjoratif pour les codognanais, qui en ont pourtant fait leur emblème.

Résumé historique

Codognan est né aux abords de la Via Domitia, créée en 118 avant Jésus Christ par le général romain Domitius Ahenobarbus. Cette célèbre voie romaine franchissait le lit du Rhôny à gué. Le Chemin de la Monnaie en est l’empreinte fossile (du latin munita qui signifie voie carrossable). Mais les premiers renseignements écrits n’apparaissent qu’au tournant de l’An Mil dans les archives. Le village dépend alors de l’abbaye de Psalmody, sise à Saint Laurent d’Aigouze, et qui fonda sa richesse sur le commerce du sel.

Les toponymes des quartiers du terroir de Codognan peuvent aider à mieux comprendre l’organisation sociale et urbaine au Moyen Age. Un plan d’occupation des sols très précis répartissait les terres entre les ayants droits et propriétaires souvent définis selon leur rang social : serfs, ouvriers et paysans, clercs et seigneurs, domaines royaux. Ainsi, le quartier des « Mourgues » était réservé aux moines de Psalmody. Celui de « Fabriargues » était utilisé par les ouvriers (du latin faber = ouvrier et ager = champ, propriété). Le quartier des « Servies » était exploité par les serfs (servus en latin).

Sous l’Ancien Régime, le village de Codognan faisait partie des dix neufs paroisses qui dépendaient des seigneurs de Calvisson. Ceux-ci disposaient des pouvoirs de Haute Justice sur les habitants.

La démographie de Codognan, comme celle des autres villages, variait beaucoup au Moyen Age. Au gré des périodes d’épidémies, de guerres, et d’exodes la population pouvait être divisée par dix. Ainsi le recensement de 1322 faisait état de la présence de 22 feux, tandis qu’en 1384 ils n’étaient plus que 2, soit à peine 10 habitants. La terrible peste noire décimait la population, les compagnies de mercenaires sans solde ravageaient le pays. Ce n’est que par les reprises économiques que la population augmenta.

Vers le milieu du XVIème siècle, les habitants de Codognan embrassent massivement la religion Réformée. On dénombre alors 300 habitants au sein de la communauté. La période est troublée par des tensions religieuses : des bandes armées dévastent le pays, des massacres sont commis au nom de la foi. En 1573, les troupes du duc de Damville saccagent les villages. Le calme ne revient qu’avec la montée d’Henri de Navarre sur le Trône. Ancien protestant, il rédige en 1598 l’édit de Nantes, qui assure officiellement le droit de culte protestant.

Economiquement, les paysans cultivaient les céréales, l’olivier et la vigne. Ces deux dernières cultures restaient minoritaires à Codognan : elles ne représentaient que 25% de la surface agricole cultivée.

Le XVIIème siècle, à Codognan comme ailleurs, est marqué par les tentatives de Contre Réforme catholique. L’assassinat d’Henry IV en 1610 est le début d’un renversement des influences en Languedoc. Des procès interminables opposent les représentants de la hiérarchie catholique et des communautés protestantes, souvent pour des accusations de spoliation de biens. Des familles catholiques venues des Alpes furent subventionnées par le clergé romain pour s’installer dans le village. L’objectif était d’augmenter la population catholique par l’acquisition de terres vacantes. Ainsi, les protestants furent contraints de restituer le cimetière paroissial et en 1663 ils firent l’acquisition d’une parcelle « pour leur servir de cimetière ». Cette parcelle se trouvait au bord du chemin de la Monnaie, quartier des Aires.

La contre réforme s’accéléra dans les années 1660 avec l’arrivée de Louis XIV sur le trône. En 1660, fut mise en application l’élection des consuls mi-partie (voir histoire de la Vaunage). En 1675, la fonction de premier consul était tenue par le vicaire de la paroisse, nommé Louis Codur. Pour augmenter la population catholique, ce dernier avait fait venir sa famille et des proches de la région Sisteron, de Mende et Saint Flour. Les Conseillers et consuls furent « continués dans leurs fonctions étant donné qu’il n’y a point d’autres habitants catholiques capables ».

En 1685, le roi signe l’édit de Fontainebleau, révoquant l’Edit de Nantes de 1598, qui contraignait les habitants à se convertir de force à la Religion catholique. Mais la population continua de célébrer le culte jusqu’au dernier moment, le 27 septembre. Le surlendemain, le 1 er octobre 1685, le village fut investi par les Dragons en vue de contraindre la population à se convertir en masse par la force. Les habitants furent convoqués par le marquis de Calvisson qui leur fit jurer de se conformer aux exigences du roi. Trois jours après, la population réunie en masse dans l’église paroissiale : « ont fait abjuration de l’hérésie de Calvin et ont promis, la main levée, de faire profession de la Religion apostolique et romaine ». Un habitant de Codognan décrit les méthodes employées par les autorités royales : « […] ici et dans tous les autres lieux, on les forçait par force de soldats qu’on imetait en discrétion, on baté, on foité. L’on meté dé compagnie dans leurs maizons ».

De nombreux huguenots, pour conserver leur religion, s’exilèrent en Suisse, pays du Refuge. On retrouve ainsi une famille nommée Codognan à Lausanne. Dans le pays de Vaud on en retrouve la trace : ainsi à Vincy, dans le Baillage de Morges on trouve : « Charles Coudougnan, [réfugié] du lieu de Coudougnan, maître cordonnier âgé de 33 ans et sa femme 30 ans avec une petite fille. »

Les textes rapportent l’existence d’assemblées clandestines entre Vergèze et Codognan, dans des grottes ou des lieux reculés. Comme ce jour du 24 mars 1686, où les Dragons surprennent une « assemblée du Désert », dans une des combes bien connues des parpaillots. Ils attaquèrent les fidèles par surprise, après avoir égorgé les guetteurs. Trois mois plus tard le 13 juillet, un détachement de grenadiers découvrit deux hommes dans la campagne. L’un dormait, l’autre, fugitif de Saint Hyppolite, chantait à mi-voix un psautier à la main. Il fut surpris par les soldats en tentant de cacher son livre. Les deux hommes arrêtés furent conduits à Codognan. Là, trois heures après, on fit pendre le fugitif à un olivier, par son compagnon.

Ces mesures cruelles étaient de mise dans tous le Languedoc, et finirent par entraîner une nouvelle guerre civile, celle des Camisards. Codognan étant situé le long du Grand Chemin Royal, sa position était stratégique pour les autorités. Il était important que les troupes puissent circuler librement sans risque d’embuscade. Ainsi en juillet 1703, l’intendant ordonna aux consuls de faire clore le village et de « faire couper les tamarins et les buissons qui sont sur le Grand Chemin savoir, à la portée de fusil à droite et à gauche ». En 1703, Daniel Piot, fut condamné aux galères « pour avoir été trouvé les armes à la main ». Il fut libéré treize ans plus tard. La même année les camisards firent une incursion à Codognan et brûlèrent la porte d’enceinte et l’église du village. La guerre et ses ravages ne firent point cesser les assemblées clandestines. En 1705 une garnison de trente hommes, un sergent, un lieutenant et un tambour furent installés dans le village. En 1713, le codognanais Jacques Clavel, des « Baraques de Codognan », fut envoyé aux galères à Marseille pour avoir organisé une « assemblée pieuse ». Il avait été dénoncé et mourut quatre ans plus tard à l’âge de 66 ans, enchaîné à son banc de chiourme (nom donné aux galériens).

Malgré les persécutions, les habitants n’en continuèrent pas moins leurs participations aux assemblées du Désert. L’abbé Goiffon affirmait que, dès 1710, soit 6 ans après la fin de la guerre civile:  « la plupart des Nouveaux Convertis revinrent ouvertement à leurs anciennes erreurs. Codognan fut l’un des lieux où vers 1740 le protestantisme se releva avec le plus de publicité. »

L’un des piliers de la contre réforme catholique était l’instruction des enfants. Ainsi Codognan comme les autres village disposait de son précepteur de la Jeunesse. Mais là aussi l’instruction scolaire était un sujet de vives frictions entre Anciens Catholiques et Nouveaux Convertis. Lorsque l’instructeur de Codognan se plaignit que l’église était éboulée et qu’il avait besoin d’un logement, il reçut une fin de non recevoir de la part des consuls : « ils ne demandent pas mieux sinon que leurs enfants n’allassent pas à l’escole, estant tous nouveaux convertis ». Et le maître d’école fut obligé de louer un logement à ses frais. Mais l’Intendant intervint et finit par obliger la communauté à s’exécuter.

Sur le plan économique, si la période qui suivit la Révocation fut catastrophique, un renouveau se fit jour à partir de 1730. A cette date la vigne occupait 20 à 40 % du territoire, et le vin était distillé pour produire « l’Eau de Vie du Languedoc ». Ce n’est qu’à partir du milieu du XVIII ème siècle que la viticulture devient prépondérante pour l’économie locale. Codognan comptait vers 1760 environ 300 habitants.

Le XIX ème siècle constitue l’age d’Or de la viticulture. Le chemin de Fer arriva à Codognan en 1845, ce qui permit aux vignerons du village d’écouler leur marchandise plus loin et plus rapidement. Le pays jouissait enfin d’une certaine prospérité et la population s’accrut sensiblement : Codognan passait de 535 habitants en 1804 à 880 en 1861. A partir de 1854, sous la municipalité d’Etienne Peyron, de nouvelles constructions furent entreprises : tour de l’Horloge, temple, place du village. Le long de l’avenue qui mène à la grande route, de prestigieuses maisons vigneronnes s’échelonnent et témoignent par leur architecture de la prospérité retrouvée.

Le milieu du XIX ème siècle fut marqué par la prise du pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte par un Coup d’État les 2 et 3 décembre 1851. C’était un moment grave pour les républicains codognanais dont le village est mentionné lors des soulèvements populaires qui se déclanchèrent alors dans le Gard et l’Hérault. Une partie de la population qui s’était soulevée avait décidé de marcher sur Nîmes pour en prendre les casernes. Tout le Gard et l’Hérault étaient entraînés dans la vague mutine. Mais la troupe dispersa vite le mouvement populaire. C’est à la suite de cet évènement que les codognanais furent surnommés les « lapins des champs » (voir plus haut).

A partir de 1872, la crise du phylloxera stoppe net la prospérité des vignerons qui ne parvinrent à endiguer l’épidémie avec la technique des plants américains greffés. Malgré cela, la crise viticole devait durer durant tout le début du XX ème Siècle, en raison de la mévente du vin. L’exode rural reprit de plus belle et en 1946 il n’y avait plus que 600 habitants à Codognan, soit beaucoup moins qu’en 1850.

Les calamités naturelles qui affectèrent le vignoble languedocien, avaient entraîné la ruine économique de bon nombre de vignerons.