Habitants : 1575 sur deux communautés. Les Nageois, les Solorguais. Superficie : 618 ha.
Altitude : 42 mètres Formes anciennes pour Nages : villa Anagia (860), Anages et Serorgues (1429), Sanctus Saturninus de Nagiis (1539), Naiges (1554), Nages et Solorgues (1650).
Formes anciennes pour Solorgues :Mansus de Sarravonicos (1031), Villa de Saranoegues (1169), Saravonègue, Sérorgues (1582).
- Armoiries :D’or à une rivière de sinople, dans laquelle nage un poisson d’argent.
Les blasons et armoiries des communautés vaunageoles furent officialisés en 1696. L’enregistrement coûtait environ 20 livres : l’argent récolté devait permettre à Louis XIV de renflouer ses caisses vidées par les guerres. Il n’y a que trois villages de Vaunage à être dotées d’un blason.
- Étymologie pour Nages : ce nom viendrait du latin nava, qui signifie vallée. Certains s’en réfèrent à l’existence d’un homme latin Annavius, ou un dieu gaulois Annavo, qui aurait laissé son nom au lieu. Le son na + i (Lanay, nay, nai, naye), d’origine indo-européenne, désignerait la présence d’un point d’eau ou un bassin à rouir le chanvre.
- Étymologie pour Solorgues : son origine proviendrait du nom d’une peuplade gauloise, les Sarravonicos, qui aurait également donné son nom au Rhony (Saaronnicus) et au quartier de Sarrafont. La terminologie en -argues défini la propriété, le champ appartenant à untel.
- Sobriquet : les habitants de Nages et Solorgues étaient surnommés « li badau », c’est-à-dire naïfs, benêts.
Résumé historique
Si l’histoire antique et préromaine est bien appréhendée (voir chapitre oppidum), la première annotation écrite de cette communauté n’apparaît qu’en 865 sous le nom de Villa Anagia. Les communautés de Nages et celle de Solorgues avaient les mêmes seigneurs sous l’Ancien Régime : les seigneurs d’Aubais. Plusieurs familles se succédèrent dans la gestion du fief : d’Ernoville, Buccuci, Languissel, Pelet, Nogaret et Bermond de Sommières. Une autre mention fait état en 1429 d’une imposition ordonnée par le roi Charles VII de prélever 98 moutons 12 sous et 10 deniers pour l’effort de guerre contre les Anglais.
En 1304, le roi Philippe le Bel, cède le fief de Nages ainsi que les terres de Calvisson au seigneur de Nogaret. Ce dernier est chevalier es Lois, et détient les droits de Haute et Basse Justice. La seigneurie parvient aux Bermond en 1381, puis aux Bozène en 1462. Par la suite, les terres passent dans la maison de Barrières. L’on apprend qu’en 1587, Anne de Barrières se marie avec Louis de Rochemore, seigneur de la Vernède. La dame de Nages et Solorgues hérite de ses terres en 1607, après la mort de François I er, en 1606. D’obédience protestante, elle meurt en 1618. Son époux est intendant du Languedoc.
On dénombrait 40 habitants en 1384 et 320 en 1744. Les épidémies de peste ont ravagé la population vaunageole à certaines périodes du Moyen Âge. Profitant de l’état de pauvreté de la population, de l’insalubrité et du manque d’hygiène, la peste apparut à plusieurs reprises dans Nîmes et tous ses environs. En Vaunage, lieu de passage obligé, les migrations favorisent la contagion, obligeant les communautés à mettre les villages en quarantaine. Les contrevenants sont passibles du fouet, voire d’être abattus sur-le-champ.
En 1535, l’historien Menard relate : « la peste étoit alors aux environs de la ville, ce qui obligea de prendre des précautions pour qu’elle ne fut pas apportée des lieux qui en etoient infectés. Comme Langlade, Saint Dyonise et Cauvisson étoient les plus dangereux, on envoya la trompette de la ville publier dans tous ces lieux au son de trompe une défense aux habitants de venir à Nîmes sous peine de fouet. » .
En 1586 les consuls de Nîmes décident « que tous commerce seroit interdit, sous peine de confiscation des marchandises et d’une amende arbitraire, qu’aucun habitant de la Vaunage, où la contagion étoit plus enflammée qu’ailleurs n’entreroit dans le village sous peine d’être arquebusé ».
Les consuls de Calvisson prennent alors des mesures pour tenter de limiter la contagion : « défense aux pestiférés de sortir de leur maison. Les rues sont barrées à chaque extrémité ; une garde de plusieurs hommes de service […] Les portes de ville sont fermées à tous les gens du dehors […] Les consuls Loueront un home pour un mois pour faire garde et donner la passade aux pouvres passants. Et pour ce faire seront deux femmes qui feront la queste par les maisons pour distribuer ce qu’elles amasseront aux pouvres passans ».
Selon Maurice Aliger, le compoix de 1659 nous apprend que la commune de Nages cultivait en majorité des cultures en grain, et l’olivier. La production est cependant destinée à la consommation locale, familiale, dans une économie de subsistance.
Les parcelles comprenaient 140 ha de terres céréalières, 90 ha d’oliviers, 15 ha de prés divers. Le paysage agricole n’avait que peu changé en plaine, par rapport au siècle précédent. Par contre, la garrigue est de plus en plus exploitée et la vigne prend le dessus : on passe de 1 à 43 ha en cent ans. La culture bénéficie de sa robustesse dans tous les terrains pauvres, comme en garrigue. On privilégie la culture des céréales dans les terres les plus fertiles. Dans le diocèse de Nîmes, le vallon de la Vaunage était réputé pour la qualité de ses terres.
Les guerres de Religion, qui s’échelonnent sur plus de deux siècles ont eu des répercussions sanglantes dans le village même. Ses seigneurs sont parfois directement impliqués, comme on va le voir. À partir de 1567, la Vaunage est le théâtre d’un soulèvement et de violences à l’encontre des catholiques. Une centaine d’entre eux sont massacrés à Nîmes, plusieurs dragons des troupes de Damville sont égorgés en Vaunage. Le seigneur de Nages, François de Barrière, « escuyer », participe lui-même au massacre de la Michelade. Son propre frère, Jacques, catholique et conseiller au Présidial se réfugie alors à Nages mais y est tué par les huguenots. Un autre seigneur prend part aux exactions : François de Pavée, qui vient de vendre la seigneurie de Nages à François de Barrière. Pavée tient très vite une place importante dans les tentatives de négociations interconfessionnelles. Dès 1560, il est chargé de se rendre à la cour du roi pour lui apporter une lettre concernant les troubles religieux. On le retrouve un an plus tard comme colonel protestant à Nîmes, où il est chargé du désarmement de ses habitants. Il participe à la prise de Beaucaire en 1562 où l’on dit « qu’il massacra tout ce qui se présenta à sa rencontre. En un mot, il se fit en cette expédition, qui dura neuf ou dix heures un massacre horrible ». Il sera condamné à mort par contumace en 1569, mais la peine ne sera pas appliquée. Acteur de premier plan du camp huguenot, habile négociateur, François I de Rochemore participera plus tard aux pourparlers de pacification de Nîmes. Son frère Charles est le seigneur de Solorgues.
Lors des guerres de Rohan, entre 1620 et 1630, la Vaunage est touchée de plein fouet par les combats qui opposent les partis catholiques et protestants. Le seigneur de Nages, juge mage au présidial de Nîmes, est un farouche opposant de Rohan. En 1625, il avait fait partie d’un complot visant à empêcher Rohan de rentrer dans Nîmes. Mais Rohan se rend quand même à Nîmes, ce qui oblige Rochemore et ses acolytes à quitter la ville. En 1626, lorsque Montmorency s’approche de Nîmes, on conseille aux habitants de rassembler les meubles et effets précieux à Nîmes, que l’on juge plus sûre. L’étau se resserre autour de Rohan, qui apprend que les catholiques se massent dans Sommières pour attaquer la Vaunage. Tout le mois de juillet, les villages sont incendiés, les récoltes anéanties. En 1629, les troupes du maréchal d’Estrées attaquent le château et bourg de Calvisson dans lequel se sont retranchés les huguenots. De violents combats éclatent le 12 mai, et la place forte des rebelles se rend. Rohan subit là un échec sévère, sans parler des morts et blessés de la guerre des deux camps. Le pays est exsangue et un autre malheur commence à se propager en 1630 : la peste.
En 1686, Annibal de Rochemore, fils des précédents vend les terres de Nages-et -Solorgues à Louis de Bérard, seigneur de Bernis, Tarabias, Fontarèche et Vestric. On le savait « très mal dans ses affaires », c’est à dire très endetté.
Le 12 novembre 1703, une compagnie du colonel de Fimarcon, en garnison à Calvisson, attaque les environs de Nages pour en déloger les Camisards. Le rapport de force est inégal : Fimarcon dispose de 150 fantassins et 30 dragons, tandis que les rebelles de Cavalier peuvent compter sur 800 hommes de pied et 200 chevaux de Camargue. Cavalier chasse ses assaillants après un long combat.
Enfin, La plaine de Nages-et-Solorgues sera le théâtre de la plus importante bataille rangée de la guerre des Camisards, qui laissera plusieurs centaines de morts sur le champ de bataille le 17 avril 1704. |