Les aubades Le cheval camargue Les sorties au pré
Les empègues Les courses libres Le Mai
La Bouvine L'abrivado Les peñas
 
Les aubades

Lexicalement, l’aubade est un chant (l’aubade à l’Amour par exemple), un chant de l’aube, du matin. Par chez nous les aubades se déroulent lors des traditionnelles fêtes du patron du village, les fêtes votives ou « voto ». L’aubade est la fête des jeunes, qui puise ses racines dans les rites initiatiques païens du passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Au début du XXème siècle, il s’agissait de fêter le départ pour le Service National des jeunes hommes qui venaient d’avoir 18 ans et qui étaient déclarés aptes, les conscrits de « la classe ». Les aubades existent toujours, bien que la conscription soit suspendue.

De bon matin, souvent le dimanche, les jeunes font le tour des habitations au son de la caisse claire et du clairon pour collecter l’argent qui financera leurs agapes. Selon les villages, le généreux donateur a droit à un « beuf » éclectique souvent imbibé, une part de gâteau, ou un pochoir que l’on nomme « empègue ».

Les empègues

L’empègue vient du mot occitan « empeguar », qui signifie « coller ». Cette tradition est propre à une partie du Gard oriental, et même aux seuls villages qui composent la Vaunage. D’autres l’ont adopté par la suite, comme Vergèze, Codognan ou Mus.

Au début du siècle, les motifs étaient libres, peints avec le rouge qui servait à marquer les tonneaux. Le dessin s’inspirait souvent d’une anecdote cocasse relative à la personne qui en hériterait sur sa porte. Ainsi, un Aubaisien que l’on avait accusé d’avoir maculé des bulletins de vote avec son pouce gras pour les faire annuler, se vit placarder un petit cochon sur sa devanture…

De nos jours, ce sont des pochoirs que l’on appose lors de chaque fête votive, comme indiqué ci-dessus. Les empègues sont directement liées à la culture taurine de la course libre : la bouvine. Les motifs reprennent les armes des manades locales (croix du gardian, trident croisé…), ou des animaux emblématiques de la Camargue (cheval de Camargue, taureau, flamand rose). Chaque année le motif change : le millésime de la fête y est inscrit. On trouve également les initiales C.L. pour « classe » et V.L.J., acronyme occitan de « Viù Lo Joven », qui signifie : « Vive la Jeunesse ». Certains habitants collectionnent au devant de leur porte les empègues sur des dizaines d’années.

 

 

Une porte constellée d’empègues depuis1969, à Aubais

 

 

 

 

 

 

La Bouvine

La bouvine est cette passion des hommes pour un animal, le taureau camargue. Cette tradition est à l’opposé de la culture tauromachique. Ici c’est la valeur du taureau qui se révèle, et non celle de l’homme. Ces passionnés sont nommés abiouli. L’ensemble des rites traditionnel liés à la culture camarguaise ont été promus par le Baron Folco de Baroncelli, qui créa au XIXème siècle la Nacioun Gardiano.

Les gardians sont réunis en confrérie sous le nom d’  « Antico Confrarié di Gardian de Bouvino i Rousseto », depuis l’An de Grâce 1512. Les gardians, réunis sous la bannière protectrice de Saint Georges (symbolise le Bien qui triomphe du Mal), étaient alors appelés « pastor nourriguiers ». Cette corporation visait à les protéger d’un enrollement arbitraire dans les armées Royales, et être solidaire de ses membres en cas de difficultés financières.

 

Le traditionnel cœur sommité d’une croix,

gravé au moulin d’Aigues Vives

Le cheval camargue

Son origine exacte est méconnue, certains retrouvent les traits de cette bête sur les parois de la Grotte de Solutré. Il est arrivé en Camargue au moment du retrait de la mer. Connu des phéniciens, dans l’Antiquité Jules César avait favorisé son élevage. Plus tard, Les gardians et leur célèbre trident étaient réputés pour leur bravoure au sein de la Cavalerie. Ils eurent maintes occasions de mettre en pratique leur talent lors des guerres de religion. Le cheval camargue était la monture préférée des camisards. Au XIXème siècle, Napoléon les enrôle dans sa Grande Armée.

Le succès du cheval camargue tient dans sa robustesse, sa rusticité. De petite taille, vif et endurant, il peut résister à de longues périodes d’intempéries. Son courage lui permet de se mêler aux farouches taureaux qui le craignent. Il est fort apprécié pour le tri des vaches grâce à son agilité.

 

Cheval camargue à Aigues Vives

Les courses libres

L’origine de la course libre camarguaise telle que nous la connaissons remonte au début du XIXème siècle. Cependant les jeux d’adresses avec des taureaux remontent à la civilisation crétoise. Hormis l’époque romaine, le premier récit de course de taureaux dans notre région est prouvé en Arles en 1402, où une course avait été organisée en l’honneur de Louis II, Comte de Provence.

Anciennement, les jeunes du village s’amusaient avec la vachette du boucher dans sa cour, avant qu’elle soit abattue. Plus tard, les courses se déroulèrent directement sur les places, qui se voyaient alors barricadées de charrettes et de tonneaux pour former une ceinture, le plan. Les spectateurs s’installaient où ils pouvaient, parfois au risque de voir débarquer le  biou  dans les gradins. La course libre est très codifiée car il y plusieurs types de courses, selon la nature même des taureaux y participant : la Royale, concours de manades, Trophée des As, course de protection, course de mâles entiers, biou d’or… L’ensemble des règles est édicté par la Fédération de la Course camarguaise, depuis les années 1890.

La course à la cocarde est la plus connue, où le « rasétaïre » vêtu de blanc doit attraper avec son crochet un morceau de tissu coloré entre les cornes de la bête. En plus différents attributs, les glands, sont assujettis aux cornes et donnent lieu à des prix d’un montant différents. Les couleurs de la cocarde reprennent les armes de la manade qui possède le taureau. Dans les temps anciens, il fallait décrocher des saucissons et autres victuailles charcutières aux cornes des taureaux. L’enjeu valait bien une chandelle… dans les airs !

Dextérité, élégance, maitrise...Les différentes étapes d’une course libre sont ponctuées par le son des trompettes de pena, réelles dans l’ancien temps, prosaïquement sur cassettes de nos jours. Tout commence par le capellado, ou paseo, c’est le salut au public et à la présidence des raséteurs. Chaque raséteur possède une fonction déterminée : un tourneur attire le taureau dans les meilleures conditions pour que le raséteurs prenne la bête à contre-pied et tente de lui arracher ses attributs. Les gains sont bien sûr partagés. Le tourneur est souvent un ancien raséteur. Les vaches obéissent aux gardians mais sont naturellement enclines à suivre le cimbeù, le chef de meute.

S’ajoute à la course libre les fameux jeux camarguais, impliquant notamment des demoiselles en habit provençal. Il s’agit de jeux d’adresse à cheval : le gardian en plaine course doit attraper un fruit dans la main de la belle, un bouquet ou un chapeau au sol. Le jeu du foulard consiste à poursuivre un premier cavalier muni d’un brassard et tenter de le lui dérober. On trouve le célèbre rodéo sur cheval sauvage, le saut de cheval à cheval. Tout ceci se déroule également dans l’arène. Pour les jeunes, notons l’existence du taureau piscine, l’homme statue…

L’encierro fait partie de ces jeux qui ne se déroulent pas dans une arène, mais directement dans les rues du village. Un ou plusieurs taureaux sont lâchés dans un secteur de rues barricadées. Les spectateurs narguent alors le biou à son passage, en évitant si possible de se faire bachucher. Il existe une variante à ce jeu : le taureau à la corde. La vache, entravée par une corde que l’on attache à ses cornes se débat en tous sens, charge les jeunes provocateurs appelés attrapaïres, s’emmêlant ainsi dans ses liens qui finissent par l’empêcher de se mouvoir. Cette pratique est désormais interdite : ce jeu est considéré comme dangereux et humiliant pour la bête qui perd tout moyen de défense.

L’abrivado

L’abrivado se traduit en occitan par « l’arrivée » des taureaux dans le village. Elle tire ses origines de l’époque où les gardians conduisaient les taureaux depuis le pré de la manade jusqu’à l’arène. Les bêtes sont d’abord rassemblées dans le bouvaou, pour être prises en charge par huit cavaliers qui forment un triangle emmaillant le troupeau. Les gardians s’aident du trident, lou ferre, ou d’un bâton pour maintenir la discipline dans le petit groupe ainsi formé. Tout le long du parcours, de jeunes attrapaïres ont pour coutume de tenter d’attraper la queue d’une vache pour la voir s’échapper, semant ainsi la pagaille. A ce petit jeu, l’imagination va bon train : pétards et obstacles divers, feu, tout est bon (les règles de sécurité ont beaucoup limité ces pratiques). De nos jours chaque abrivado est précédée par le tir d’une « bombe », pour prévenir les visiteurs de l’imminence de l’arrivée.

Comme nous trouvons des concours de courses libres, il existe des festivals d’abrivado, où l’on désigne la manade qui a réalisé la plus belle arrivée.

Le retour des taureaux dans leur pré s’appellela « bandido », qui se déroule à la fin de la course libre. Le principe est le même que l’arrivée mais dans l’autre sens. Il faut préciser cependant que ce ne sont plus les taureaux de la course qui participent à la bandido. En occitan, « bandir » signifie lâcher, ce terme a donné le français « débandade ».

Les sorties au pré

C’est un évènement apprécié de tous les amateurs de bouvine. Lorsque le printemps revient, de nombreux habitants se réunissent dans les champs de bon matin dans les prés de la manade, avec un casse croûte tiré du sac. Lors d’une ferrade, les manadiers doivent trier de jeunes vaches qui seront marquées au fer rouge des armes de leur propriétaire. Le public participe également : il doit attraper lui-même le petit veau qui tente d’échapper comme il peut. Le manadier arrive avec son fer rouge marque la bête. Il lui pratique une « escoussure » à l’oreille, petite entaille indolore destinée à reconnaître le propriétaire selon la forme de l’entaille. Il y plusieurs types de sorties au pré : outre la ferrade, on trouve la séance du bistournage, où les jeunes taureaux mâles sont castrés avec des sortes de tenailles. Eh oui…

Une sortie au pré s’organise de nos jours pour de multiples prétextes : mariage ou évènement associatif, désormais c’est une attraction qui se loue, à la journée.

Le Mai

Chaque premier mai, les jeunes de certains villages ont l’habitude de partir dans la campagne couper un arbre. Cet acte festif est réalisé de nuit dans la joie, les participants portant sur leur épaule l’arbre en chantant jusqu’à la place du village, où il est symboliquement placé au devant de la mairie et/ou …du café. L’arbre, dit « le Mai », souvent un peuplier ou un bouleau coupé en bordure de rivière, peut être enrubanné et fleuri. Jusque dans les années cinquante, le petit cortège était agrémenté par les « penas », ces fanfares communales dont nous reparlerons plus loin. Chants occitans, drapeaux tricolores, costumes d’époque et défilé dans le village étaient de règle (église, temple, monument aux morts…). Le curé pouvait bénir l’arbre et le maire se joignait au défilé. Si de nos jours cette fête est liée à celle du travail, ses origines sont différentes. Certains villages la pratiquent plus que d’autres.

Cette coutume immémoriale d’origine indo européenne est commune à de nombreux pays d’Europe. Chez les celtes, cette ode à la nature consacrait la fin de l’hiver et le début du printemps. Malgré les contestations de l’église, la fête du mai connut son apogée au Moyen Age, où les gens dansaient autour de l’arbre en tenant l’un des rubans. Symbole de vie et de fécondité, l’Arbre de Mai représentait le lien entre la terre maternelle et le ciel (cosmogonie).

Les peñas

Ces fanfares endiablées mettent l’ambiance lors de chaque fête dans nos villages. Elles précèdent et suivent les abrivado et courses de taureaux, faisant le tour des bistrots jusqu’à une heure tardive. Il est de coutume que ces bandas reviennent chaque année, parfois depuis trente ans. Elles regroupent sept ou huit musiciens : caisse claire, trombone, trompettes, basson et autres cuivres sont de rigueur.

Les penas jouent des airs folkloriques agrémentés de morceaux plus actuels souvent adaptés.